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Joel a quarante-six ans. Il a les cheveux poivre et sel et une dentition un peu bancale mais le petit brillant qui scintille à son oreille, son teint hâlé et ses yeux noirs et rieurs lui donnent un air de surfeur californien. Échoué sur le bitume de la rue Montorgueil, il est assis en tailleur devant un gobelet à moitié vide et un panneau sur lequel est écrit « manger ».​​​​​​​
Écoutez Joël
It’s the minimal respect when you are in a country to learn a few words nous dit-il avec un fort accent. Il apprend en échangeant avec des gens dans la rue et avec les amis qu’il se fait sur le chemin. Et du chemin il en a fait, lui qui voyage sac au dos depuis ses seize ans. Quand on lui demande d’où il vient il répond instinctivement Now or originaly ? Car si à la base il vient de Budapest, le dernier El Dorado qu’il a fréquenté, c’est Barcelone. I am so happy there nous dit-il avec un grand sourire, the sun, the sea… Mais Joël vit dans le moment présent et comme il n’avait jamais vu Paris, il a décidé d’y passer quelques mois avant de retourner en Espagne. Avec un autre ami hongrois rencontré sur l’avenue principale de la capitale catalane, ils ont repris la route et ont atteint leur destination. We travel by train. Sometimes we get kicked out, sometimes they fine us… but we don’t have an address so…! dit-il plein de malice.​​​​​​​
Sa liberté, il y tient plus que tout. Rien n’y personne ne lui fera changer d’avis sauf peut-être… sauf peut-être un bébé ! Car Joël est amoureux. Maria, l’heureuse élue, est anthropologue et travaille dans le social à Barcelone. C’est là qu’elle a rencontré le globe-trotter hongrois. Elle vit chez ses parents, lui dans un squat mais qu’importe, elle respecte son mode de vie et l’attend lorsqu’une mouche le pique et qu’il prend le premier train pour passer plusieurs mois à Paris ou ailleurs. It is hard… conçoit Joel, sometimes I just disappear. I don’t have a phone, I just told her I come back in April…she waits for me…normally! Il rit.
Le quadra dit pouvoir faire des concessions mais peu. Par exemple, hors de question pour lui de prendre un appartement, it’s giving up my freedom. Il réfléchira le jour où Maria tombe enceinte. Pour le travail il a déjà un plan. À Barcelone il fait pousser du cannabis et le revend à ses ami.e.s… suffisant pour survivre mais peut-être pas tout à fait pour fonder une famille. Il verra bien le moment venu. Now is now nous dit le sage.
En attendant, Joel apprécie Paris et ses faubourgs. Il trouve que les gens ne lui donnent pas beaucoup d’argent mais assez de nourriture, et il apprécie particulièrement la qualité de ce qu’on lui donne ici. La saison prochaine il aimerait faire un tour par le Portugal et un jour peut-être, l’Asie ! But I only do Europe now, because I have only ID. For the passport you need money !
Quand il a envie de partir, il part, au gré de ses envies de voyages. This is freedom ! s’exclame-t-il. Et même si tout n’est pas rose dans la rue, il a l’air vraiment heureux de vivre cette vie de bohème. Avant de partir, il nous livre tout de même un constat amer, comme un avertissement… the world is changing in the wrong direction. But I think it is important to stay calm. Oui, essayons…

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